Chez les Mushers en Laponie Suédoise.

Réaliser un de ses rêves d’enfant. Quelle chance ! Quel bonheur se fût. Non seulement j’ai pu faire du chien de traineau, mais surtout j’ai vécu pendant un mois la vie quotidienne de ces personnes ayant choisi de vivre leur passion entourée de chiens et de nature.

Musher, ce mot ne signifie pas uniquement un travail mais une façon de vivre, un état d’esprit, une passion pour les chiens et l’envie de la partager. Du nettoyage des enclos aux sorties en traineau, en passant par les instants « câlin », jeux et dressage, je vais tout vous dévoiler sur cette escapade hors du temps.

 

J’ai eu l’honneur et la grande joie d’apprendre avec un grand nom du milieu, Taisto Torneus,dans son chenil Lapland Wilderness Toursd’une centaine de chiens situé à la sortie de kiruna. Avec plus de 35 ans d’expérience comme guide et gagnant de nombreuses courses à son actif, il est l’un des grands noms de cette profession. Il a traversé les montagnes scandinaves (1700 km, ce qui était à l’époque le trajet le plus long jamais réalisé) et est devenu un des pionniers dans le développement d’activité touristique pour le bonheur d’un grand nombre de voyageur. C’est un privilège et un honneur de découvrir le métier de musher avec un tel mentor. Une rencontre qui a marqué ma vie.

Mon cadre de travail

C’est l’esprit plein de préjugés que je pars vers cette nouvelle aventure direction Kiruna dans le nord de la Laponie suédoise.

La ville est entièrement construite autour de l’activité minière, ainsi que des activités touristiques d’hivers (chiens de traineaux, rênes…).  A tel point que lors de mon passage dans cette région, une partie entière de la ville (maisons, magasins, écoles) migraient à l’opposé de la Mine dont les activités au fil des années ont provoqué des risques d’effondrement sur la totalité de kiruna.

Tous mes préjugés se sont avérés faux notamment en raison de son mode d’éducation de ses chiens, de sa relation à l’animal. J’ai découvert que selon le chenil et le pays, la façon de faire est très différente (en suède et au canada les droits des chiens ne sont pas les mêmes). Elle peut passer d’une vraie complicité avec les chiens à un comportement à but purement lucratif.

 

Beaucoup s’attendent à de gros chiens poilus de type yuski. Je plaide coupable, avant de travailler au chenil, je pensais la même chose. J’ai toutefois très vite compris que bien souvent, les chiens les plus mignons (poilus style yuski) sont les plus flemmards et « princesse » qu’il soit. Tous les chiens du chenil sont des croisés. Certes un peu moins touffus mais pas moins mignons et tout aussi affectueux.

L’éducation des chiots dès le plus jeune âge

 

L’entrainement commence dès 6-7 mois. Il s’agit au début d’apprendre le respect, l’attitude et les habitudes à adopter. Le chenil n’étant pas fermé, les jeunes chiens doivent apprendre à se rendre au point central sans s’échapper. Il s’agit d’un travail de longue haleine demandant patience et calme. Il faut une bonne dose de compréhension des chiens et être capable de les canaliser.

Après ce premier enseignement, il est temps de faire les premières sorties éducatives. Lors de mon séjour, deux petits chiots âgées de 6 mois étaient dans cette phase d’apprentissage me permettant d’y prendre part. L’idée est dans un premier temps d’habituer les chiots aux harnais puis à tirer une personne (ils sont reliés par leur harnais à une sangle au niveau de notre bassin). Cette phase d’entrainement a pour objectif d’obtenir le respect mais surtout la confiance de nos chiots. On y va progressivement, lors de microséances (30-45  minutes à raison de 1 par jour maximum). A chaque étape, chaque enseignement acquis, il faut les récompenser (morceaux de viande,

 

L’éducation des jeunes chiens est certes une phase importante mais ce n’est qu’une infime partie du job de Musher. Bien que chaque journée soit différente, elles commencent toutes par le nettoyage des enclos. Cela ne fait pas rêver mais il s’agit d’une « corvée » importante pour le bien-être de nos chiens. C’est également l’occasion d’interagir avec chacun de nos 100 petits monstres, de faire une petite pause câline et de jouer avec eux. C’est dans ce genre de moment que les liens se tissent. J’ai rapidement compris qu’on passe d’une relation de respect à une relation de confiance grâce à ce genre d’attention et de contact avec les chiens.

Les chiens de traineau, une activité touristique lucrative.

L’éducation n’est que la première phase avant l’utilisation des chiens pour les sorties en traineau avec les touristes. J’arrête tout de suite les protecteurs des animaux. J’ai rarement vu des chiens aussi heureux de courir, de tirer un traineau. Pour les avoir vu sans neige pendant une semaine, dès que celle-ci est revenue, ils étaient de nouveau tout fous.

De mi-novembre à Avril, il s’agit de la pleine saison. Il fait très froid (ce qui plait beaucoup aux chiens, un peu moins aux guides), la région est enneigée et les touristes viennent de tous horizons. Que ce soit pour les coffee-tours, lunch-tours ou pour des transferts depuis l’aéroport (voire des excursions de plusieurs jours avec observation d’aurore boréales), les chiens nous font vivre une expérience inoubliable.

J’ai eu la chance d’avoir ma propre équipe de 3 chiens lors de mes sorties avec les guides et je dois dire que c’est une des plus belles expériences de tout mon voyage. Un moment que garderais en tête toute ma vie. La sensation de vitesse sur le traineau mais aussi de voir les chiens excités à l’idée de sortir dans la neige, les voir courir, se rouler dans la neige à la pause… C’est une sensation qui est difficile à décrire tellement c’est magique.

Chaque chien du chenil est très respectueux. Il n’y en a pas un qu’on ne laisserait seul avec les clients. L’éducation qu’ils ont, fait que jamais ils ne mordent ou ne se montrent agressifs. Je me souviens encore d’un des chiens du chenil, qui, chaque matin au moment « câlins » nous mordillait la main. J’ai très vite compris qu’il voulait juste de l’attention. Je le laissais donc me mordiller la main puis l’attrapais pour lui faire des câlins à lui aussi. Rien de bien méchant donc.

Moment fort de mon séjour en laponie.

 

Peu de temps avant mon arrivé, deux jeunes chiens (6 mois) étaient arrivés d’un autre chenil. Par la suite, une de mes collègues s’est rendue dans une ville du nord de la Norvège afin de récupérer deux autres chiens de la même famille. Je suis tombée sous le charme direct de ces 4 jeunes chiens qui n’étaient pas pour autant petits.  Agés de 6 mois seulement, ils font toutefois la taille d’un labrador adulte (pour que vous imaginiez un peu la taille). Non seulement, ils ressemblaient à des peluches mais en plus, ils étaient sans aucun doute les plus affectifs de tous. A peine rentrée dans l’enclos qu’ils me sautaient déjà dessus. L’un passait sous moi (je précise que du haut de mes 1m58 je ne touchais plus le sol) tandis que l’autre me sautait dessus en mettant les deux pattes sur mes épaules. Des moments de fou rire, de tendresse et de complicité assurés avec ces 4 monstres.

 

Un autre moment fort de mon séjour à kiruna fut la naissance de deux chiots. Ce fût une première pour moi ainsi que pour la mère nommée Mimi. Lorsqu’au bout de 2 jours de travail, 3 chiots morts, 2 vivants, l’accouchement ne semble pas fini, nous avons décidé d’aller à la clinique vétérinaire. Je me suis retrouvée seule (marque de de la part de Taisto) à gérer la mère et les deux petits pendant toute la journée à la clinique. La vétérinaire au bout de plusieurs heures à finit par opérer Mimi afin de faire sortir les deux derniers chiots coincés (mort malheureusement). L’espace de quelques heures, je suis devenue une maman de substitution pour les deux amours que Mimi à mise au monde. Un moment de ma vie que je ne suis pas prête d’oublier. Suite à son opération, impossible pour Mimi et les petit de se retrouver dans l’enclos avec de la paille. Il a donc fallu la prendre dans une des maisons. Taisto étant malade, c’est dans la maison où je logeais (seule) que la petite famille est venue. Un vrai plaisir pour moi. Elle s’est très vite habituée à ma présence si bien que par la suite lorsque je prenais les deux petits elle ne disait rien tandis que lorsque mes collègues les prenaient elle était plus méfiante. Un réel moment de bonheur que je n’aurais jamais imaginé vivre en Laponie.

La naissance de ses deux bébés chiens a été une expérience magnifique comme vous l’aurez compris. Quelques semaines plus tard, juste avant mon départ, ils ont ouvert les yeux. C’est sans aucun doute le moment le plus émouvant de mon séjour au chenil. Je ne pense pas pouvoir oublier les pauses café avec les chiots sur les genoux, tenant littéralement dans une main.

 

Mon séjour dans le chenil m’a apporté beaucoup sur la beauté du monde qui nous entoure, les relations humaines et avec les animaux. J’ai beaucoup appris des personnes que j’ai eu la chance de rencontrer. Emilie, une française faisant des saisons avec Daniel, son copain allemand. Hana, une Slovénienne. Lenka, la manageuse du chenil et son mari Janoriginaires de Slovaquie ainsi que des habitants des pays du Nord. Bien que ce soit un pays froid, je dois dire que les personnes rencontrées là-bas sont chaleureuses, toujours prêtes à aider avec la main sur le cœur. C’est le cas de Taisto Torneus que je ne remercierai jamais assez de m’avoir accueillie et fait confiance.

 

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